▲ Les errances urbaines de Daido Moriyama ▲

Publié le 14 Janvier 2013

 

Daido Moriyama, le 15 décembre 2012 à Paris (photo: AFP / François Guillot)
AFP / François Guillot

PARIS - A 74 ans, le grand photographe japonais Daido Moriyama poursuit ses déambulations dans Tokyo et les métropoles du monde pour saisir à la volée "la vie qui grouille": "Je bats le bitume comme un chien errant", explique-t-il.

Internationalement reconnu, Daido Moriyama fait l'objet avec William Klein d'une grande exposition croisée à la Tate Modern de Londres jusqu'au 20 janvier. De dix ans son aîné, le photographe franco-américain est l'un des "maîtres" de Moriyama.

Les images en noir et blanc de Moriyama sont fortement contrastées, pleines de grain. Le photographe aime le flou, les flux, les gros plans, les cadrages sauvages. Il arpente les rues avec son appareil compact, déclenchant de façon compulsive, souvent sans regarder le viseur.

Vêtu d'un jean et d'un tee shirt "On the road" en référence à Jack Kerouac qu'il apprécie tant, Daido Moriyama est passé fin décembre à Paris pour une exposition de ses sérigraphies sur toile à la galerie Polka, spécialisée dans la photo.

"La photographie est née en France. Paris est une ville dédiée à la photographie", déclare Daido Moriyama qui a vécu rive gauche de 1988 à 1990. Il était venu à l'époque avec le projet de créer une galerie personnelle qui n'a pas abouti. Mais il a photographié la capitale, un peu à la manière d'Eugène Atget (1857-1927) dont le travail le fascine.

"Ce qui m'énerve quand je photographie Paris, c'est que toutes mes images ressemblent beaucoup à celle d'Atget. C'est agaçant", confie-t-il.

Le territoire de prédilection de Moriyama reste Tokyo, et plus particulièrement le quartier très animé de Shinjuku, auquel il a consacré plusieurs livres. Mais finalement, "qu'on soit à New York, Tokyo ou Paris, peu importe. C'est moins un lieu précis que l'urbain que je recherche. Je veux être là où il y a du monde, de la foule, là où ça vit, où ça grouille". "J'appuie instinctivement sur le déclencheur. C'est une réaction physique".

Moriyama, qui a écrit "Mémoire d'un chien" en 2004, aime les animaux errants, chiens et chats, qui sont "un peu hors-la-loi". "C'est comme cela que je travaille".

"Même aujourd'hui, alors que je fais beaucoup d'expositions et que j'ai publié des centaines de livres, je me sens toujours une sorte de hors-la-loi à prendre mes photographies comme ça à la sauvette dans la rue".

"Cela devient d'ailleurs de plus en plus difficile de faire des instantanés montrant des quais de gare, des plages, des enfants", en raison du droit à l'image. "Mais je le fais quand même. Je suis libre. J'essaie en tout cas de l'être", déclare ce rebelle.


Séance de dédicace de Daido Moriyama à Paris, le 15 décembre 2012 (photo: AFP / François Guillot)
AFP / François Guillot

Né en 1938 près d'Osaka, Daido Moriyama est le fils d'un assureur qui déménage souvent. Il grandit dans le Japon d'après-guerre et arrive à la photographie un peu par hasard. "J'étais dessinateur industriel et on m'a demandé d'aller prendre quelques photos pour des commandes. J'ai senti que j'étais davantage fait pour travailler dans la rue que dans un bureau".

Daido Moriyama est l'un des fondateurs de la revue "Provoke" (1968-1970) qui a œuvré à la redéfinition du langage photographique au début des années 1970. Pour les photographes du mouvement, l'image devait être le seul moyen d'expression (légendes et textes étaient exclus) et toute démarche esthétique était bannie.

La revue a disparu au bout de quelques numéros. "Mais au fond de moi, je pense que je continue Provoke", déclare Moriyama.

Un de ses livres majeurs s'intitule "Farewell Photography" (1972), un "au revoir" à la photographie académique.

Fan d'Andy Warhol, Moriyama produit comme lui des sérigraphies. Mais, timide, il n'a pas réussi à rencontrer le plasticien lorsqu'il était à New York au début des années 1970. "Mon cœur battait tellement que je n'ai pas osé l'approcher", dit-il en le regrettant encore.


Atelier de sérigraphie organisé par Moriyama à la galerie Polka, à Paris, le 15 décembre 2012 (photo: AFP / François Guillot)
AFP / François Guillot

Moriyama aime la sérigraphie car "le contact entre l'encre et la toile crée un univers de lumière". C'est comme une renaissance de la photographie, qui devient un autre objet".

Chasseur solitaire, Moriyama apprécie de rencontrer par moment son public. A la galerie Polka, à Paris, il a organisé un atelier de sérigraphie (photo ci-dessus), sur fond de musique rock. "On s'amuse ensemble".

Daido Moriyama n'aime pas entendre parler de "rétrospective" lorsqu'on expose ses œuvres. "Je ne suis ni un artiste ni même un journaliste. Car si mes photos enregistrent la réalité, je regarde d'un point de vue très privé le monde".

Le photographe n'a pas eu envie d'aller photographier Fukushima après le désastre. "C'aurait été facile. Mais je ne l'ai pas voulu. C'est une grande catastrophe", a-t-il expliqué lors d'une lecture à Paris. "Le seul moment que j'aurais voulu photographier, c'est le tremblement de terre et le tsunami, juste ce moment-là".

Très pris par ses diverses expositions et autres projets en cours, Doido Moriyama rêve de refaire un grand tour du Japon comme au début des années 1970 (cela avait donné le livre "Hunter"). "Il y a encore beaucoup de lieux à photographier", dit-il. Mais cela ne pourra pas se faire avant trois ans.

Rédigé par Agendaide

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